La Tunisie a aboli l’esclavage il y’a 173 ans !

La Tunisie a aboli l’esclavage il y’a 173 ans !

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Cent soixante-treize ans après le décret beylical d’Ahmed Bey, le président de la République Beji Caïd Essebsi a annoncé que le 23 janvier de chaque année célébrera la Journée nationale de l’abolition de l’esclavage et de l’asservissement en Tunisie. 

 

Le processus d’abolition de l’esclavage en Tunisie officialisée un 23 janvier 1846 s’est construit sur plusieurs étapes... À l’époque où le monde voyait encore la traite négrière comme moyen de commerce profitable, la Tunisie (dont la position géographique favorisait les échanges commerciaux) était un point de transit important du trafic d’esclaves provenant d’Afrique subsaharienne et d’Europe.

 

Retour sur l’histoire de la traite arabo-musulmane

 

L’esclavage en Tunisie est un phénomène assez particulier de la traite arabo-musulmane ; ayant débuté au VIIIe siècle, les observateurs de l’époque ont rapporté qu’entre 500 et 1200 caravanes (dont l’apport consistait uniquement en poudre d’or et en esclaves) arrivaient annuellement en provenance de la région du Fezzan et de la ville de Ghadamès (Libye). Au cours des siècles suivants, le trafic s’est fait dans deux zones distinctes : les esclaves européens étaient généralement capturés au cours des razzias (ou ghazawat) sur les côtes de pays tels l’Italie, la France, l’Espagne et le Portugal. Tandis que les esclaves noirs étaient majoritairement fournis par le royaume de Bournou, la région du Fezzan, et plus généralement par la zone s’étendant de l’Afrique de l’Ouest au Lac Tchad. En Tunisie, la terminologie désignant les esclaves dépendait de leur couleur et leurs origines, l’esclave noir est appelé Abd ou Chouchen, l’esclave blanc Mamluk ou Saqlabi et l’esclave berbère Akli. Par comparaison à la traite trans-atlantique, la traite arabo-musulmane a duré plus de treize siècles...

 

Un cadre d’organisation spécifique aux esclaves de Tunis

 

Au sein de la structure sociale de la société traditionnelle tunisienne existait un cadre spécifique pour les esclaves : le premier eunuque du bey, l’Agha,s’occupait de veiller sur l’ordre du groupe en réglant parfois les différends qui peuvent surgir entre maîtres et esclaves ou entre les esclaves eux-mêmes. Tout comme leurs terminologies, la destinée des esclaves fut différente en fonction de leur couleur et origines... L’histoire a témoigné d’une grande injustice envers les esclaves noirs, qui n’avaient vraiment pas d’issues contrairement aux Mamluks (esclaves blancs) et esclaves chrétiens d’origines européennes convertis à l’Islam, auxquels toutes les perspectives étaient offertes (même celles d’accès à de hautes fonctions). En effet, sous le règne de Hamouda Pacha, quelques personnages politiques étaient des esclaves blancs, comme son Premier ministre Mustapha Khodja. C’est en 1841 qu’Ahmed Bey s’entretient avec le Britannique Thomas Reade à propos du futur de cette maudite pratique commerciale en Tunisie. Le dernier était au poste de consul général de son pays auprès du Bey, qui par ailleurs était lui-même fils d’une esclave et considéré comme prince ouvert au progrès. Entre cette année et la suivante s’enchaînent plusieurs étapes cruciales de l’abolition comme la libération des esclaves blancs, la fermeture du marché aux esclaves (Souk El Berka) en août 1842 puis l’annonce en décembre que les enfants d’esclaves nées dans le pays après cette date sont désormais libre. L’abolition totale sera décidée par tout le pays à travers le décret du 23 janvier 1846. La Tunisie devient ainsi le premier pays arabe et musulman à abolir l’esclavage, près de 20 ans avant le vote du treizième amendement par le Congrès des U.S of A. 

 

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Même si un chapitre douloureux de l’histoire s’est fermé après l’abolition de l’esclavage, assurer l’application de celle-ci était autant difficile. Certains maîtres ne remettaient pas facilement la lettre de manumission à leurs esclaves qui, parfois, ne savaient même pas qu’ils étaient libres... 

L’expérience tunisienne de l’abolition de l’esclavage de 1841 à 1846 a été inscrite au Registre de la Mémoire du monde de l’UNESCO en novembre 2017. Espérons que cette date du 23 janvier, aujourd’hui célébrée officiellement, puisse nous rappeler d’être fiers de la superpuissance culturelle et historique qu’est la Tunisie.